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Durant toute cette métamorphose, l'ado a, au fond de lui, cette impression de "mort" de l'enfant qu'il était, et qu'il peut avoir tendance à étendre à l'adulte qu'il devient. Parfois son inconscient en vient même à lui faire pressentir (à tort) une mort imminente: par exemple, en entrant en classe, il est persuadé qu'il n'en sortira pas vivant, et il prévient même son entourage à demi-mot ; à la fin du cours, il est bien sûr toujours vivant, et étonné de l'être. La cause de tout cela réside purement dans les transformations qu'il vit.

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~ Il y a d'abord l'impression désespérante qu'on n'arrivera jamais à se faire aimer de personne. Comme beaucoup d'ados en pleine transformation physique, on n'a pas une idée très objective de soi-même, et on se trouve un peu trop facilement moche, bête, méchant et repoussant. Il n'est pas rare qu'on dise à un(e) autre: "j'aimerais bien être comme toi", et qu'on s'entende répondre; "tu veux rire, c'est moi qui voudrais être comme toi", ce qui prouve combien on se perçoit mal.


Il faut dire qu'on se sentait très bien dans son corps d'enfant ayant atteint son maximum de possibilités (souplesse, réflexes, vivacité, beauté) et il faut y mettre du sien pour accepter ces poils qui poussent (et qu'on rase en cachette), ces jambes qui s'allongent plus que le tronc (ou l'inverse), les gestes qui deviennent gauches et maladroits à cause des membres qui grandissent, les premières et dérangeantes pulsions sexuelles... et l'acné qui s'installe. Ce n'est pas évident de se dire que ce n'est qu'un (long et pénible) moment à passer, et que les autres en sont au même point, même s'ils le cachent bien.


La perte irrémédiable de son corps d'enfant, les désagréments des longues transformations physiques, l'impression d'avoir perdu toute attractivité et donc toute possibilité d'être aimé à un moment très critique, la conviction qu'il en sera toujours ainsi, tout cela peut pousser au désespoir. Comme raconté dans le chant du CD (basé sur des cas réels), ce qui peut, à ce stade, encore empêcher un geste désespéré, est la preuve arrachée à quelqu'un qu'on peut être attirant pour lui et donc aimé, même au prix d'un chantage affectif pas très glorieux mais qui vaut mieux que de se tuer. On se sert sans hésiter de quelqu'un comme d'une bouée de secours (il n'en mourra pas), en attendant que les choses aillent mieux.


Il faut bien se dire une chose: si quelqu'un est au bord de la falaise et veut se jeter dans le vide, on peut, évidemment, lui envoyer un prêtre, un pasteur, un rabbin, un psychologue, un pédagogue, un podologue, le maire, les gendarmes, + un député qui passait (malencontreusement) par là, le résultat est loin d'être acquis; mais si un chien errant vient à lui sauter dessus et lui faire des "mamours", cela peut tout changer. Un geste d'affection, même un peu contraint, est plus efficace que les discours et sentences, et peut éviter un drame.

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~ La deuxième grande cause de suicide, c'est la perte de quelqu'un qu'on aimait beaucoup. Cela peut arriver de plusieurs façons : la perte physique (décès), la perte affective (rupture), ou encore l'affection "à sens unique". La souffrance ressentie peut être telle qu'on souhaite parfois y mettre fin d'une façon un peu trop "radicale", surtout si l'on est persuadé que l'être perdu est impossible à remplacer.


Le malheur, pour les ados, c'est qu'ils n'ont pas encore le recul des années pour se rendre compte que cette souffrance finira par s'atténuer ; au contraire, ils sont persuadés que cette douleur est sans fin, et que seule la mort (naturelle ou provoquée) les en délivrera. D'après les nombreux cas vécus dont j'ai eu connaissance, je peux leur dire qu'ils se trompent (heureusement!) ; il est même possible de faire une estimation de la durée de cette triste période.


J'ai ainsi constaté qu'une perte affective est d'autant plus longue à cicatriser que l'on est plus âgé. Pour avoir une idée de la durée (maximale), il suffit de diviser son âge par 2, et cela donne le nombre de mois; par exemple, à 14 ans, il faut compter 7 mois; à 60 ans, il faut (hélas) compter 30 mois... Une durée plus fréquente est obtenue en divisant par 4 au lieu de par 2 : à 14 ans, il faudra donc compter de 3 mois et demi à 7 mois.


Une fois ce calcul fait, il ne faut pas se leurrer: ce sera quand même une période d'atroces souffrances auprès desquelles une rage de dents fait figure d'aimable plaisanterie! Mais, vu l'expérience de ceux qui sont passés par là, on peut s'attendre à deux choses: cette période aura une fin (qu'on peut calculer, d'après son âge), et la douleur ira en s'atténuant , à la façon d'une branche descendante de sunisoïde: peu au début, davantage à mi-période, et tendant longuement vers 0 à la fin... Pour être complet, je dois encore signaler qu'il existe un procédé pour ramener cette période à 1 ou 2 semaines, mais c'est réservé aux cas vraiment extrêmes car il y a des effets secondaires psychologiques importants et durables, bien que s'estompant d'eux-mêmes avec le temps.

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Voir importantes scènes dans les films “Teenagers” et “Un Matin d'Espérance”

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